Analyse de l’Ingénieur Pepito SAKASAKA, CEO de la plateforme Focus Hydrocarbures sarlu En République démocratique du Congo, la transition énergétique ne se résume pas à la réduction progressive de l’utilisation des énergies fossiles. Elle pose également une question fondamentale : comment assurer un accès universel à une énergie fiable, abordable et moderne, alors qu’une partie importante de la population demeure confrontée à la précarité énergétique ? Dans de nombreux ménages congolais, particulièrement dans les zones rurales et périurbaines, la lampe à pétrole continue de faire partie du quotidien. Malgré le développement des solutions solaires, des lampes rechargeables et des systèmes photovoltaïques autonomes, cet équipement rudimentaire reste, pour certaines familles, une solution d’éclairage accessible en raison de son faible coût d’acquisition et de la disponibilité du combustible. Cette situation révèle un paradoxe au cœur de la transition énergétique en RDC : le pays dispose d’un potentiel énergétique considérable, mais une partie de sa population continue de recourir à des solutions d’éclairage traditionnelles. Une lampe qui témoigne de la précarité énergétique La persistance de la lampe à pétrole ne doit pas être considérée uniquement comme une question de préférence des consommateurs. Elle constitue surtout un indicateur des difficultés d’accès à l’électricité. Lorsqu’un ménage ne dispose pas d’un raccordement au réseau électrique, ou lorsque l’alimentation est irrégulière et coûteuse, il se tourne naturellement vers des solutions alternatives. La lampe à pétrole devient alors un moyen de répondre à un besoin essentiel : éclairer, étudier, cuisiner, travailler ou se déplacer à l’intérieur du domicile après la tombée de la nuit. Le problème dépasse donc la simple question du combustible. Il renvoie à la capacité du pays à développer des infrastructures énergétiques suffisamment étendues pour répondre aux besoins des populations urbaines, périurbaines et rurales.Dans cette perspective, la lampe à pétrole apparaît davantage comme le symptôme d’un déficit d’accès à une énergie moderne que comme la cause principale de cette situation. Le paradoxe énergétique congolais La RDC possède d’importantes ressources énergétiques : potentiel hydroélectrique, solaire, gaz, biomasse et, depuis plusieurs années, ressources pétrolières et gazières qui font l’objet d’un intérêt croissant. Pourtant, l’existence de ces ressources ne garantit pas automatiquement l’accès des populations à l’électricité. C’est là que réside l’un des principaux paradoxes du secteur énergétique congolais : un pays riche en ressources naturelles peut simultanément connaître une forte précarité énergétique. La question centrale n’est donc pas seulement de savoir combien de ressources énergétiques possède la RDC, mais surtout comment transformer ces ressources en services énergétiques accessibles à la population.L’enjeu est particulièrement important dans les territoires éloignés des grands centres urbains, où l’extension des réseaux électriques conventionnels peut nécessiter des investissements considérables. La transition énergétique doit-elle commencer par l’accès à l’énergie ? Le débat sur la transition énergétique en RDC doit tenir compte de la réalité socio-économique du pays. Dans les économies fortement électrifiées, cette transition peut notamment consister à remplacer progressivement certaines sources fossiles par des énergies renouvelables ou à améliorer l’efficacité énergétique. En RDC, le défi est double : accroître massivement l’accès à l’énergie tout en orientant cette croissance vers des systèmes plus propres, plus résilients et plus durables. Il serait donc difficile de considérer la transition énergétique uniquement sous l’angle de la sortie du pétrole ou des combustibles fossiles. Pour une famille qui ne dispose pas encore d’un accès fiable à l’électricité, le premier objectif demeure l’accès à un service énergétique moderne. La transition énergétique congolaise doit ainsi être pensée comme une transition vers un meilleur accès à l’énergie, mais aussi vers des technologies moins polluantes et économiquement soutenables. Le solaire comme alternative crédible L’essor des solutions solaires offre une opportunité importante pour réduire progressivement la dépendance à la lampe à pétrole. Les lampes solaires individuelles, les kits photovoltaïques domestiques, les mini-réseaux solaires et les systèmes hybrides peuvent apporter des réponses adaptées aux territoires où le réseau national reste insuffisant. L’intérêt du solaire réside notamment dans sa capacité à fonctionner de manière décentralisée. Une communauté éloignée du réseau peut, dans certaines conditions, disposer d’un système local de production et de distribution d’électricité sans attendre l’extension du réseau national. Cependant, la diffusion de ces solutions suppose plusieurs conditions : disponibilité des équipements, mécanismes de financement adaptés, entretien des installations, formation des techniciens et capacité des ménages à supporter le coût initial. Le véritable enjeu n’est donc pas simplement de remplacer une lampe à pétrole par une lampe solaire. Il consiste à construire un écosystème énergétique durable, capable d’assurer la disponibilité des équipements et leur maintenance sur le long terme. Quel avenir pour les Hydrocarbures ? La question des Hydrocarbures demeure incontournable dans l’analyse énergétique de la RDC. Alors que le pays cherche à valoriser ses ressources pétrolières et gazières, il doit simultanément répondre aux impératifs environnementaux et aux engagements liés à la transition énergétique. Une approche pragmatique consisterait à considérer les hydrocarbures comme faisant partie, à court et à moyen terme, du mix énergétique national, tout en accélérant les investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures électriques. L’objectif devrait être d’éviter une contradiction entre développement économique et transition énergétique. Les revenus générés par l’exploitation responsable des ressources naturelles pourraient notamment contribuer au financement des infrastructures énergétiques, à l’électrification rurale, au développement des mini-réseaux et à la promotion des technologies propres. La question essentielle devient alors celle de la gouvernance des revenus et des investissements énergétiques. Sortir de la lampe à pétrole : une question de politique publique La disparition progressive de la lampe à pétrole ne dépendra pas uniquement de l’évolution technologique. Elle dépendra surtout de la capacité des pouvoirs publics, des opérateurs privés et des partenaires au développement à mettre en place des politiques cohérentes d’accès à l’énergie. Cela implique notamment de : renforcer les investissements dans les infrastructures électriques, accélérer l’électrification des zones rurales et périurbaines ; encourager les mini-réseaux et les systèmes solaires hors réseau ; faciliter l’accès au financement pour les ménages et les petites entreprises ; développer une industrie locale capable d’assurer l’installation et la maintenance des équipements ; améliorer l’efficacité énergétique ; renforcer l’éducation et la