Analyse de l’ingénieur Pepito SAKASAKA (Responsable de la plateforme panafricaine Focus Hydrocarbures) En Afrique, les associations de jeunes diplômés dans le secteur pétrolier et plus largement dans les secteurs techniques et professionnels ont souvent du mal à survivre sur le long terme. Cette situation s’explique par des raisons structurelles, économiques et organisationnelles profondes, bien au-delà de la simple bonne volonté de leurs fondateurs. 1. Manque de ressources financières durables Beaucoup d’associations démarrent avec enthousiasme, mais manquent de financements réguliers ou de modèles économiques stables pour couvrir leurs dépenses (locaux, personnel, événements, formations, etc.). Sans subventions structurées, partenariats solides avec le secteur privé ou sources de revenus autonomes, elles peinent à survivre au-delà des premiers projets. C’est un problème classique pour les organisations œuvrant dans les domaines de la jeunesse et de l’emploi : beaucoup disparaissent lorsque les financements extérieurs cessent. 2. Chômage et problèmes d’employabilité des diplômés Le secteur pétrolier, comme d’autres secteurs en Afrique, souffre d’une inadéquation entre les formations des jeunes diplômés et les besoins réels du marché du travail. Cela limite l’impact concret que ces associations peuvent avoir. En l’absence de résultats tangibles (placements, stages, opportunités d’emploi), les membres se désengagent, faute de bénéfices personnels visibles. 3. Absence de collaboration forte avec les acteurs clés Pour durer, une association doit établir des liens solides avec les entreprises pétrolières, les autorités publiques, les universités et les autres acteurs du secteur. Lorsque ces relations sont faibles ou inexistantes, la structure reste isolée et peu influente. Certaines initiatives, comme les sommets ou plateformes de dialogue entre jeunes, autorités et entreprises, existent, mais elles ne sont pas encore systématiques ni suffisamment structurées à l’échelle régionale. 4. Faible structuration organisationnelle De nombreux groupes de jeunes diplômés fonctionnent comme des réseaux informels ou des projets ponctuels, plutôt que comme des organisations structurées avec des objectifs clairs, une gouvernance solide, un plan stratégique et des indicateurs d’impact. Sans ces éléments, la motivation initiale s’essouffle souvent après quelques mois ou années. 5. Défis liés au capital humain Ces associations sont généralement dirigées par des jeunes ayant peu d’expérience en gestion organisationnelle, en communication, en collecte de fonds, en marketing ou en négociation de partenariats. Cela entraîne des lacunes en leadership et en gestion administrative, fragilisant ainsi la pérennité de leurs initiatives. 6. Contexte économique difficile Le marché du travail dans le secteur pétrolier est très compétitif et exigeant sur le plan technique. Les débouchés sont limités par rapport au nombre de diplômés, et beaucoup de jeunes finissent par se réorienter vers l’informel ou vers d’autres secteurs. 7. Manque de reconnaissance institutionnelle Sans reconnaissance officielle ni soutien politique clair, ces associations peinent à mobiliser des ressources, à obtenir des appuis ou à influencer les politiques de formation et d’emploi. L’absence d’un cadre institutionnel solide pour soutenir les initiatives de jeunesse constitue un frein structurel majeur. En résumé, les associations de jeunes diplômés dans le secteur pétrolier ne disparaissent pas par manque d’ambition, mais en raison de contraintes systémiques, notamment le manque de financements durables. À cela s’ajoute parfois une forte attente de réussite rapide dès le lancement des initiatives. Pour inverser cette tendance et construire des structures durables capables d’impulser un véritable changement dans le secteur énergétique africain historiquement dominé par une main-d’œuvre étrangère, plusieurs actions sont nécessaires : Co-construire des programmes avec les entreprises pétrolières, Diversifier les sources de revenus (formation, services, partenariats), Renforcer la gouvernance et les compétences en gestion, Aligner les formations avec les besoins réels de l’industrie, Encourager l’entrepreneuriat des jeunes dans le secteur des hydrocarbures ou énergétique.