
PHOTO/Ir. Pepito SAKASAKA lors du Forum Africain du Droit des Ressources Naturelles
Alors que la République démocratique du Congo (RDC) dispose de gisements pétroliers reconnus, le pays continue d’importer la totalité de ses produits pétroliers raffinés. Pourquoi la RDC ne raffine-t-elle toujours pas son propre brut ? Dans un échange avec Focus Hydrocarbures, l’ingénieur Pepito SAKASAKA, responsable de cette plateforme, tente d’apporter des éclairages sur cette problématique complexe et de proposer des pistes de solution.
« Ce n’est pas une question à laquelle on peut répondre en un clic », prévient-il d’emblée. « Plusieurs facteurs expliquent cette situation : le manque de volonté politique, la faible production pétrolière, les enjeux géopolitiques, la vétusté de l’ancienne raffinerie nationale la SOCIR, ou encore une économie historiquement extravertie. »
La dernière opération de raffinage du pétrole brut en RDC remonte à mai 1994. Depuis, la Société Congolaise des Industries de Raffinage (SOCIR), basée à Muanda dans le Kongo-Central, n’a plus fonctionné comme raffinerie. En cause, selon l’ingénieur Sakasaka : l’absence de brut disponible, notamment après l’arrêt des importations qui alimentaient la structure.
Aujourd’hui, la SOCIR est cantonnée à un rôle logistique, notamment dans le stockage et le transbordement des produits pétroliers importés.D’après les études existantes, deux options principales se dégagent pour relancer le raffinage en RDC :
1. Réhabiliter la SOCIR, pour des raisons historiques et logistiques.
2. Construire une nouvelle raffinerie, plus moderne et adaptée aux besoins actuels confirme M. Pepito. Poursuit-il : Le site de Muanda, ville côtière du Kongo-Central, reste privilégié pour l’implantation d’une éventuelle infrastructure, notamment en raison de sa proximité avec l’océan Atlantique et des projets de ports en eaux profondes.
À cet effet, La révision en cours du Code des hydrocarbures de 2015 représente une occasion stratégique, selon l’expert, pour intégrer des incitations en faveur de l’investissement dans le raffinage.
« Cette usine de traitement du brut peut jouer un rôle économique majeur. Il faut profiter de cette réforme pour y introduire des allègements fiscaux à destination des investisseurs », suggère-t-il.
Cependant, il met en garde contre certains freins persistants : corruption, manque de transparence, faible implication des communautés locales, et une communication institutionnelle déficiente. Face à la crainte d’une domination du secteur pétrolier par des entreprises étrangères, comme cela est observé dans le secteur minier, l’ingénieur Sakasaka recommande une préparation stratégique.
« Il ne suffit pas de craindre. Il faut aussi se préparer à la transition énergétique mondiale déjà en cours. Cela passe par une amélioration du cadre légal, le renforcement de la SONAHYDROC, l’appui à la formation, une meilleure exploration des ressources et surtout, un accompagnement des entrepreneurs congolais. »
Enfin, le raffinage du pétrole en RDC est une ambition à la fois économique, stratégique et politique. Si les obstacles sont nombreux, les opportunités de relance sont réelles, à condition d’y associer des réformes concrètes et une volonté affirmée. L’avenir du secteur passe par une vision nationale claire et inclusive.
Rédaction