Un séminaire consacré au patrimoine urbain bâti s’est tenu le 9 mars 2026 à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa autour du thème : « Les villes congolaises et leurs patrimoines bâtis : regard critique sur les valeurs, l’identité et le développement local ». Organisée par le collectif « Séminaires Patrimoine Urbain Bâti RDC », cette rencontre scientifique visait à réfléchir sur la préservation et la valorisation des édifices historiques qui constituent une part importante du patrimoine architectural de la République démocratique du Congo.
Dans son mot de bienvenue, le représentant du Directeur Général de l’Académie des Beaux-Arts a salué l’initiative de cette rencontre scientifique, tout en rappelant le rôle central que joue cette institution dans la formation artistique et la promotion de la culture en RDC.
Prenant la parole pour le mot de circonstance, la professeure Anya DIEKMAN a développé la notion de patrimoine, qu’elle définit comme l’ensemble des biens matériels et immatériels transmis par les générations passées et que la société actuelle se doit de préserver pour les générations futures.
Intervenant sur la question du patrimoine culturel et des valeurs identitaires en milieu urbain congolais, le professeur Placide MUMBEMBELE de l’Université de Kinshasa a souligné que le patrimoine constitue un élément fondamental de l’identité d’une ville. Pour illustrer son propos, il a évoqué l’exemple de l’Échangeur de Limete, devenu un symbole auquel de nombreux habitants de Kinshasa s’identifient, à l’image de la Tour Eiffel qui représente un repère identitaire majeur pour les Parisiens. Selon lui, l’ignorance du patrimoine culturel congolais s’explique en grande partie par l’absence d’une stratégie nationale de sauvegarde. Il a ainsi plaidé pour la mise en place d’une politique efficace de sensibilisation, d’identification et de valorisation des patrimoines culturels.
Pour sa part, Maître Timothée MUKENG, avocat et directeur général de la SOCITEC, est intervenu sur la dimension juridique du patrimoine. Il a expliqué que celui-ci peut être appréhendé sous deux angles : d’une part, les patrimoines issus des sociétés précoloniales, régis par les us et coutumes ; et d’autre part, ceux des sociétés postcoloniales, encadrés par différentes ordonnances et lois adoptées par l’État. Il a également souligné que l’évolution de la société congolaise a conduit à une multiplication des textes juridiques et des institutions, entraînant parfois des chevauchements de compétences, une pluralité d’acteurs et une superposition de certains titres de propriété.
Clôturant le panel, le professeur Médard TAMBWE, consultant en tourisme, a présenté plusieurs exemples de patrimoines bâtis de la ville de Kinshasa, depuis la période coloniale jusqu’à nos jours. Il a insisté sur la nécessité pour la jeunesse congolaise de s’approprier ces édifices historiques afin d’en assurer la préservation et la transmission aux générations futures.
Les échanges entre participants et intervenants ont permis d’enrichir la réflexion sur les enjeux liés à la protection et à la valorisation du patrimoine urbain en République démocratique du Congo.
Moïse ILUNGA