HYDROCARBURES

L’actualité stratégique des hydrocarbures en Afrique

De Aimé SAKOMBI à Acacia BANDUBOLA : continuité ou rupture dans la réforme du secteur des Hydrocarbures en RDC ?

En République Démocratique du Congo, le secteur des Hydrocarbures traverse une phase charnière. Après un passage remarqué d’Aimé SAKOMBI MOLENDO à la tête du ministère des Hydrocarbures, la nomination d’Acacia BANDUBOLA MBONGO à ce même portefeuille soulève une question centrale : assiste-t-on à une continuité stratégique ou à une rupture de gouvernance dans la réforme d’un secteur vital pour l’économie congolaise ? Malgré un potentiel reconnu, estimé à plusieurs blocs pétro-gaziers répartis entre le bassin côtier, la Cuvette centrale et le Graben Albertine, la RDC peine encore à transformer cette richesse naturelle en moteur de développement.

Sur ce, la loi n°15/012 du 1er août 2015, qui régit le secteur des hydrocarbures, montre aujourd’hui ses limites : complexité des procédures, faible attractivité pour les investisseurs et insuffisance de garanties environnementales. C’est dans ce contexte que le gouvernement a engagé une révision profonde de ce cadre juridique.

L’héritage d’Aimé SAKOMBI : diagnostic et refondation

Nommé en 2024, Aimé SAKOMBI a rapidement entrepris un travail de fond. Sous sa gestion, le projet des appels d’offres sur 27 blocs pétroliers a été suspendu, puis réévalué, afin de corriger les failles observées : manque de données géologiques, transparence insuffisante et procédures mal alignées avec les standards internationaux. En juillet 2025, il a officiellement lancé le processus de révision de la loi sur les hydrocarbures, avec pour objectif d’attirer davantage d’investisseurs tout en préservant la souveraineté nationale et l’environnement.

« Nous devons bâtir un cadre moderne, crédible et équilibré, capable d’assurer à la fois la confiance des investisseurs et la justice envers les générations futures », déclarait-il lors d’un atelier national à Kinshasa.

Mon analyse antérieure : pistes de solutions pour les appels d’offres

Dans un article que j’ai publié, intitulé « Appels d’offres des blocs pétro-gaziers en RDC : échec ou vice de procédure ? », j’avais déjà identifié certaines causes de la faible attractivité des blocs proposés par la RDC lors du premier processus d’appels d’offres.

J’y proposais plusieurs pistes de solutions concrètes, notamment :

  • La mise à disposition préalable de données géologiques fiables avant tout appel d’offres ;
  • La révision du mode de sélection des sociétés soumissionnaires, en privilégiant la compétence technique et la solidité financière plutôt que les relations politiques ;
  • La création d’un cadre de concertation permanent entre le ministère, les investisseurs et la société civile pour garantir la transparence et le suivi des contrats.

Ces recommandations, aujourd’hui partiellement intégrées dans la réflexion gouvernementale actuelle, traduisent la nécessité d’une réforme en profondeur et d’une meilleure gouvernance du secteur.

L’arrivée d’Acacia BANDUBOLA : gouvernance et transparence avant tout

En août 2025, Acacia BANDUBOLA MBONGO, ancienne ministre de l’Économie, a officiellement pris les rênes du ministère des Hydrocarbures. Dès ses premières interventions, elle a affiché une priorité claire : restaurer la transparence et le contrôle dans la chaîne pétrolière nationale. Ses actions initiales s’articulent autour de trois axes majeurs :

            1.         La certification des manques à gagner auprès des importateurs et distributeurs de produits pétroliers ;

            2.         La lutte contre les pratiques frauduleuses dans la chaîne logistique et douanière;

            3.         L’amélioration de la gouvernance financière du secteur, en lien avec le Trésor public et les sociétés partenaires.

« Le pétrole doit cesser d’être une source d’opacité. C’est un levier de développement pour notre peuple, et chaque franc perdu dans ce secteur est une perte collective », a-t-elle affirmé lors d’une communication à Kinshasa.

Continuité stratégique, rupture de méthode ?

L’analyse des deux approches révèle une continuité claire sur le fond. Tant Aimé SAKOMBI qu’Acacia BANDUBOLA défendent l’idée d’une réforme structurelle du cadre légal de 2015, jugé obsolète. Tous deux insistent sur la nécessité d’attirer des investisseurs crédibles, de rendre lucides les règles d’attribution des blocs et d’intégrer les exigences environnementales dans toute politique énergétique.

Cependant, une rupture nette s’observe dans la méthode :

  • SAKOMBI s’était concentré sur la vision et la préparation législative, en posant les bases de la révision ;
  • BANDUBOLA, elle, semble vouloir passer à l’action immédiate, en priorisant la gouvernance quotidienne, le contrôle budgétaire et la transparence dans la chaîne d’approvisionnement.

En d’autres termes : SAKOMBI a posé le plan, BANDUBOLA tente de le mettre en œuvre.

Voici les défis à venir

Malgré cette dynamique positive, plusieurs défis majeurs restent à relever :

  • Assurer la cohérence entre attractivité économique et rigueur environnementale ;
  • Mettre en place une administration technique efficace, capable d’appliquer les futures réformes ;
  • Garantir une transparence totale dans les négociations des contrats pétroliers ;
  • Et surtout, restaurer la confiance entre l’État, les opérateurs économiques et la population.

Le succès de la réforme dépendra autant du contenu du futur code des hydrocarbures que de la capacité de la nouvelle ministre à faire respecter les règles sur le terrain.

Conclusion : même cap, gouvernail différent

En définitive, la transition entre Aimé SAKOMBI et Acacia BANDUBOLA marque une continuité stratégique assumée, mais aussi une rupture de style et de gouvernance. La nouvelle ministre hérite d’un chantier complexe, auquel elle ajoute une dimension essentielle : celle du contrôle et de la redevabilité. Si cette alliance entre réforme légale et rigueur administrative parvient à s’imposer, la RDC pourrait enfin amorcer une ère nouvelle dans la gestion de ses ressources pétrolières : plus transparente, plus responsable et plus bénéfique pour tous.

Junior AMBAYA         

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