À la suite de l’annonce récente du projet minier porté par la société China Railway Resources Universal Limited dans les territoires de Miabi et Kabeya Kamwanga, plusieurs réactions se multiplient. Selon un expert évoluant dans ce secteur, ayant requis l’anonymat, cette initiative suscite un espoir légitime pour l’économie du Grand Kasaï.
Cependant, cet expert congolais observe que certaines voix appellent à une prudence qui, sous un vernis de rigueur technique, semble ignorer la réalité historique et géologique du sous-sol congolais. S’il est vrai que la prudence est essentielle dans l’industrie minière, l’expertise géoscientifique impose néanmoins de distinguer la vigilance nécessaire de l’immobilisme stratégique.
En effet, l’argument consistant à exiger de nouveaux programmes nationaux d’exploration avant tout engagement contractuel semble oublier que le Grand Kasaï n’est pas une terra incognita. Les données géologiques existantes, bien qu’elles datent des époques coloniale et postcoloniale, conservent une valeur stratégique inestimable que plusieurs puissances mondiales convoitent aujourd’hui.
Pour preuve, l’intérêt croissant des entreprises américaines ne laisse aucun doute. Ces dernières, soucieuses de sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement en métaux critiques, seraient actuellement en négociations avancées avec la Belgique afin d’acquérir des archives géologiques précises couvrant ces zones géographiques. Si ces données n’étaient que de simples « projections spéculatives », pourquoi la première puissance mondiale déploierait-elle autant d’efforts diplomatiques et financiers pour y accéder ?, s’interroge cet ingénieur.
Selon lui, ces archives constituent une base de données crédible validant les indices de minéralisation cuprifère et cobaltifère dans le Kasaï-Oriental. Attendre une recertification complète alors que les bases techniques sont déjà entre les mains de tiers représenterait une erreur stratégique majeure, laissant le champ libre à d’autres acteurs pendant que la RDC resterait au stade des études préliminaires. Une telle posture risquerait également d’entraîner la fuite des capitaux vers des projets jugés plus avancés ailleurs.
L’urgence de l’action face à la bureaucratie de l’exploration
Le secteur minier mondial évolue rapidement et n’attend personne. La vision portée par le président Félix Antoine Tshisekedi, et coordonnée par la Première ministre, vise à transformer le potentiel minier du pays en richesse réelle. Préconiser un programme national d’exploration « à moyen terme » avant toute exploitation relève, selon cet expert, d’une approche essentiellement académique qui ne tient pas suffisamment compte des impératifs économiques actuels. L’expertise, poursuit-il, ne consiste pas à multiplier les obstacles administratifs, mais plutôt à exploiter les données existantes dont la valeur est aujourd’hui confirmée par l’intérêt des investisseurs occidentaux auprès de la Belgique afin d’accélérer la mise en production.
La RDC doit ainsi capitaliser sur sa connaissance géologique historique pour négocier en position de force, plutôt que de s’enfermer dans un cycle d’études interminables pendant que les opportunités de marché s’évanouissent.
En définitive, le Grand Kasaï semble prêt pour sa révolution industrielle. Entre la validation historique des données géologiques par les experts internationaux et la volonté politique de diversification minière, le projet de Miabi et Kabeya Kamwanga apparaît, pour ses défenseurs, comme une réponse concrète aux besoins économiques du pays. L’heure ne serait donc plus à la spéculation sur la validité des sols, mais à une exécution rigoureuse sous la supervision du ministère des Mines.
Pepito SAKASAKA