L’économie congolaise vit actuellement un moment charnière de son histoire monétaire. Le marché de change est marqué par une appréciation fulgurante de la monnaie locale (le franc congolais) face à la devise étrangère, en l’occurrence le dollar américain. Une situation inédite en République démocratique du Congo.
Depuis la mi-septembre, le cours indicatif du dollar américain ne cesse de se déprécier. Au 2 octobre 2025, le site officiel de la Banque Centrale du Congo affichait un taux de change de 1 USD = 2 524,1918 CDF, contre 2 855,5030 CDF un mois plus tôt. Cela représente une variation de -11,60 %. De son côté, le cours vendeur est passé de 1 USD = 2 906,81 CDF à 2 683,65 CDF, soit une baisse de -7,68 % sur la même période.
A ce niveau, cette tendance résulte des mesures gouvernementales visant à renforcer le pouvoir d’achat des ménages et à maîtriser une inflation galopante. Toutefois, les effets concrets sur le panier de la ménagère tardent à se faire sentir. En effet, dans le secteur pétrolier, conformément à l’arrêté interministériel n°003/CAB/MIN/ECO-FIN&BUDG/2001, la révision des prix à la pompe est déclenchée dès lors que l’un des trois indicateurs clés, à savoir : le prix moyen frontière commercial (PMFC); le taux de change et le volume commercial; connaît une variation d’au moins 5 %.
Le 3 octobre 2024, lors de la dernière fixation des prix des carburants dans la zone Ouest, le cours vendeur était de 1 USD = 2 873,19 CDF. En comparaison avec le taux actuel (1 USD = 2 683,65 CDF), on observe une baisse de 6,60 %, soit au-delà du seuil réglementaire. Cela justifie donc une révision des prix des carburants.
Ces dernières années, le taux de change utilisé pour la fixation des prix des carburants (appelé « taux structure ») est souvent inférieur au taux du marché (cours vendeur). Cette situation découle de la volonté de l’autorité régalienne, soucieuse d’atténuer l’impact des fluctuations des prix de carburants a l’international sur sa population. Il est évident que les entreprises pétrolières préféreraient simplement vendre leurs produits au prix du marché. Cependant, elles consentent à participer à l’équilibre social en vendant au prix à la pompe fixé par l’état a travers la structure de prix. En contrepartie l’État congolais est donc tenu de payer à ces sociétés pétrolières le manque à gagner ainsi encouru, notamment à cause de l’écart entre les taux de change évoqué plus tôt. C’est cela qui constitue la subvention de l’état dans ce secteur stratégique.
La nouveauté est qu’aujourd’hui, l’écart se réduit considérablement:
– Taux structure : 1 USD = 2 600 CDF
– Cours vendeur actuel : 1 USD = 2 683,65 CDF
Autrement dit, l’État congolais a une opportunité de réduire sensiblement la charge des subventions dans le secteur pétrolier. Bien que les fluctuations du taux de change soient courantes, l’État Congolais privilégie généralement la stabilité pour garantir un environnement des affaires prévisible. La population congolaise espère une baisse significative des prix à la pompe, car les produits pétroliers constituent un élément central dans la formation des prix des biens et services sur les marchés. Une réduction effective des tarifs pourrait ainsi soulager le coût de la vie.
En somme, l’appréciation du franc congolais est un signe encourageant pour le cadre macroéconomique de notre pays. Cette dynamique ne doit pas être gaspillée, Il revient aux autorités de transformer ce gain monétaire en avantages concrets pour la population, notamment à travers le réajustement à la baisse des prix des carburants, en vue d’impacter positivement le social des Congolais.
Moïse ILUNGA