Le spectre des deux chocs pétroliers des années 1970 demeure encore très vif sur le plan psychologique. Ces crises ont profondément marqué le monde occidental, dont le fonctionnement industriel dépend largement du pétrole. C’est dans ce contexte qu’après ces chocs pétroliers, plusieurs pays occidentaux ont décidé de se regrouper pour créer, en 1974, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), avec pour mission principale de coordonner la réponse des pays industrialisés face aux crises énergétiques et de garantir la sécurité des approvisionnements mondiaux.
Depuis l’agression Israélo-américaine contre l’Iran le samedi 28 février dernier, la communauté internationale retenait son souffle face au risque de blocage du détroit d’Ormuz, un passage maritime stratégique pour le commerce énergétique mondial. Les craintes se sont confirmées lorsque, le 4 mars 2026, les Gardiens de la révolution iraniens ont annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique reliant le golfe Persique à l’océan Indien.
Ce passage constitue l’un des corridors énergétiques les plus sensibles de la planète : près de 20 % du pétrole mondial y transite chaque jour, soit environ 15 millions de barils. Cette annonce a immédiatement provoqué une flambée du prix du baril. La situation s’est encore aggravée lorsque les belligérants ont intensifié leurs attaques en visant directement des infrastructures énergétiques dans la région, notamment des raffineries, des navires pétroliers et des dépôts de stockage.
Dans ce contexte de fortes tensions, le prix du baril a rapidement franchi la barre symbolique des 100 dollars américains, ravivant le spectre d’un nouveau choc pétrolier mondial. Face à cette situation critique, les 32 pays membres de l’AIE ont pris une décision exceptionnelle : mettre sur le marché 400 millions de barils issus de leurs stocks stratégiques. Cette libération massive vise à compenser une partie du pétrole habituellement acheminé via le détroit d’Ormuz et à envoyer un signal fort aux marchés afin de limiter la spéculation, de contenir la flambée des prix et de stabiliser le marché.
Selon les estimations, cette quantité pourrait compenser en partie les 15 millions de barils par jour qui transitent habituellement par le détroit d’Ormuz. Cela représenterait une couverture d’environ 27 jours de flux équivalent. Cependant, au treizième jour du conflit, les incertitudes restent considérables. Plusieurs pays observent déjà une hausse sensible des prix à la pompe, tandis que certains gouvernements ont choisi de geler temporairement les prix des carburants afin de contenir les tensions sociales.
Pour les pays fortement dépendants des importations pétrolières, notamment en Asie (Chine, Japon, Corée du Sud) et en Afrique (Angola, République Démocratique du Congo, Côte d’Ivoire), une prolongation de la crise pourrait se traduire par une hausse significative des prix des carburants et une pression accrue sur les finances publiques. Si le conflit venait à s’enliser, la pression sur les marchés pétroliers pourrait s’accentuer. Les stocks stratégiques pourraient soutenir l’offre pendant quelques mois, mais au-delà de cette période, la question de l’approvisionnement mondial pourrait devenir particulièrement critique.
En résumé, le détroit d’Ormuz apparaît une fois de plus comme l’un des points les plus vulnérables de la géopolitique énergétique mondiale, rappelant que la stabilité du marché pétrolier dépend étroitement de l’équilibre stratégique au Moyen-Orient.
Moïse ILUNGA