HYDROCARBURES

L’actualité stratégique des hydrocarbures en Afrique

Crise au Moyen-Orient : Kinshasa prépare un stock stratégique de 50 000 tonnes de carburants

Face aux tensions géopolitiques qui secouent actuellement le marché pétrolier international à la suite de l’escalade militaire au Moyen-Orient, le gouvernement de la République démocratique du Congo s’active pour prévenir toute perturbation dans l’approvisionnement du pays en produits pétroliers.

La ministre d’État en charge des Hydrocarbures, Acacia BANDUBOLA MBONGO, a réuni lundi 9 mars à Kinshasa les principaux acteurs du secteur pétrolier afin d’évaluer la situation et d’identifier des mesures urgentes pour sécuriser les stocks nationaux. La réunion a rassemblé les experts des sociétés pétrolières de logistique SOCIR, COBIL et SONAHYDROC, le président du conseil d’administration de SEP Congo, ainsi qu’un représentant du ministère des Finances. La rencontre s’est tenue en présence du ministre de l’Aménagement du territoire Jean-Lucien BUSSA.

Au terme des échanges, plusieurs mesures à très court terme ont été proposées afin d’éviter toute rupture d’approvisionnement sur le marché national. Parmi les principales recommandations figure l’acquisition par le gouvernement, à travers l’une de ses sociétés pétrolières, d’un stock stratégique d’au moins 50 000 tonnes métriques de carburants terrestres et d’aviation.

Ce volume permettrait d’intervenir rapidement en cas de rupture des stocks détenus par les sociétés pétrolières opérant dans le pays. Dans le même registre, les opérateurs pétroliers ont insisté sur la nécessité pour l’État de payer dès le début du mois d’avril les avances sur les pertes et manques à gagner (PMAG) du premier trimestre 2026, afin de permettre aux entreprises pétrolières de renouveler leurs stocks dans un contexte international marqué par une forte volatilité des prix.

Pour un pays importateur net de produits pétroliers comme la République démocratique du Congo, la remontée des cours du brut se traduit généralement par une pression accrue sur les finances publiques. Le mécanisme des pertes et manques à gagner (PMAG), utilisé pour stabiliser les prix à la pompe, oblige en effet l’État à compenser les écarts entre le prix réel du marché et le prix administré.

Au-delà des mesures financières, les autorités entendent renforcer la surveillance de l’évolution du marché pétrolier mondial. Un dispositif de suivi rapproché devrait ainsi être mis en place, impliquant une coordination renforcée entre les ministères des Finances, de l’Économie et des Hydrocarbures, en collaboration avec la Banque centrale du Congo. L’objectif est d’anticiper les fluctuations des prix internationaux et d’adapter rapidement la politique nationale des prix des carburants, afin d’éviter des chocs brutaux pour les consommateurs et les opérateurs économiques.

Au-delà de la gestion de l’urgence, les autorités ont également évoqué des réformes plus structurelles visant à renforcer l’autonomie énergétique du pays. Parmi les pistes envisagées figurent la construction d’une raffinerie modulaire, susceptible de réduire la dépendance de la RDC aux importations de produits raffinés;

La relance des appels d’offres pour le développement de l’industrie pétrolière nationale; ainsi que la construction d’infrastructures de stockage dans l’ensemble des provinces a également été identifiée comme une priorité stratégique pour améliorer la résilience du système d’approvisionnement.

Dans un contexte international de plus en plus imprévisible, la question de la sécurité énergétique s’impose désormais comme un enjeu stratégique pour la RDC. Entre gestion de l’urgence et réformes structurelles, le défi pour les autorités sera de transformer cette crise potentielle en opportunité pour renforcer durablement l’autonomie énergétique du pays.

Moïse ILUNGA

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